LE SAVANT ET LE POETE
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LA MORT ET LE MOURANT
Fatigué de vivre un vieillard impotent,
L'ombre de la mort suit les vivants pas à pas,
Oubliant que chacun d'eux les mène au trépas.
Ayant amassé des biens très importants,
Souffrait jour et nuit d'un mal incurable.
Ses héritiers se montraient secourables,
Feignant la douleur pour ce mal sans recours,
En l'entendant appeler la mort à son secours.
Mais alertée par les cris du mourant,
La mort arriva aussitôt en courant.
A sa vue le vieillard, en appelant à l'aide,
Horrifié lui dit : - Tu es encore plus laide,
Que l'image qu'ont fait de toi les vivants.
Je ne suis plus aussi pressé qu'avant,
Car il me reste encore ici à faire,
Quelques pressantes et importantes affaires,
Qu'après tout mes héritiers les plus pressés,
Peuvent à la mort directement s'adresser,
Pour qu'avant moi elle les emporte,
Pourvu qu'elle ait son compte qu'importe,
Et qu'en m'accordant du temps davantage,
Les autres aient encore plus d'héritage.
Certains vivent jusqu'à plus de cent ans,
Alors pourquoi ne vivrais-je pas autant ?
Tes décisions sans appel et arbitraires
Sont incompréhensibles et contraires
A l'égalité comme à toute justice
Je te demande donc un armistice.
La mort répondit : - Si ton sort est misérable
C'est qu'au temps tu veux grandeur mesurable
Il est au contraire quantité indéfinie,
Qui ne s'arrête pas après chaque vie.
Pour les vivants je suis un grand mystère,
Et leur faire franchir est mon ministère.
Alors prépare-toi pour ce grand passage,
Où il n'est nul besoin de bagages.
Mais emplis ton coeur d'amour et d'humilité,
Et puisque tu rêves toujours d'égalité,
Avec ceux qui ont le moins reçu, partage !
Tu as atteint ce très grand âge,
Ou à tout moment je puis survenir,
Pense à ceux qui n'ont pu y parvenir.
De la vie je suis l'aboutissement et le fruit,
Que je cueille et dont je ferme sans bruit,
Les yeux devenus trous sombres, pour qu'alors,
S'y allume l'éternelle lumière. - Dit la mort.
LES ANIMAUX MALADES DE LA VIOLENCE
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LES DEUX FRERES
Deux frères héritèrent
Un jour d'une propriété,
Qu'ils se partagèrent,
Entre eux par moitié,
Chacun voulant cultiver sa terre,
Suivant ses aptitudes et son caractère.
L'un était généreux de sa peine,
L'autre économe de la sienne.
Le premier mit à contribution tout son savoir-faire
Pour mener à bien cette importante affaire,
Scrutant le ciel, observant la nature,
Pour en respecter les lois sans rature.
Levé tôt pour les labours et les semailles :
Se disant : - Il faut que je travaille,
Pour mériter les dons du ciel,
Qui procure tout ce qui est essentiel,
A la vie des hommes et des bêtes,
Quelques soient les différences dans leurs têtes.
Pour avoir été courtisée comme une femme heureuse,
La nature avec lui fut très généreuse.
Sa récolte fut abondante ; intense moment de bonheur,
Réservé aux laboureurs.
L'autre au contraire,
Ne faisait que le strict nécessaire,
Attendant surtout beaucoup des autres,
Du ciel, des saints comme des apôtres,
N'ayant rien à offrir ni à partager,
Toutes choses lui étant dues naturellement pour l'avantager.
Sa récolte fut comme sa générosité,
Maigre et sans qualité.
La morale de cette courte histoire,
Est qu'en la nature est une mémoire,
Qui récompense la générosité,
Et conduit l'égoïsme à la pauvreté.
RATS DES VILLES ET RATS DES CHAMPS
Autrefois les rats des villes, Obligés aux durs labeurs, Ainsi les rats des campagnes, Mais un jour les chats en guerre, Les privant de ce qui naguère, Alors ils fuirent la ville, Ils découvrirent le labeur, Nourrir les autres est acte d'amour,
Exploitaient les rats des champs,
D'une façon très habile,
Sans vouloir être méchants.
Tôt le matin tard le soir,
Entretenant sur eux la peur,
De concurrence sans surseoir.
Nourrissaient les rats citadins,
Sans que cela ne s'accompagne,
D'égalité entre citoyens.
Assiégèrent la cité des rats,
Les rendait si gros et si gras.
Vers leurs rustiques cousins,
Devenant soudain serviles,
Et plus qu'aimables à dessein.
De ceux qui les nourrissaient,
Et qu'à leurs vies ces malheurs,
En retour les enrichissaient.
Mais qui demande gratitude,
Comme l'indispensable retour,
Fécondateur de cette aptitude.
LE CHÊNE ABATTU ET LES PASSANTS
Pour Pascal Dubost,sculpteur
Une tempête soudaine,
Abattit un chêne plus que centenaire,
Qui poussait au milieu de la plaine,
Majestueux, puissant, autant que solitaire.
Le premier qui l'aperçut fut un sculpteur,
Souffrant devant cette merveille abattue,
Rêva pour racheter cet acte destructeur,
D'en faire une statue.
Il avait dans son coeur un désir secret,
Celui de sculpter une vierge,
Qui rendrait ce bois sacré,
Pour prier et y brûler des
L'arbre n'entendrait plus dans sa ramure,
La chanson du vent balayant les cieux,
Mais des pèlerins le murmure,
Priant entre leurs chants religieux.
Le chêne ainsi transformé par son rêve,
Et devenu porteur d'un message éternel,
Garderait mémoire de son âme en sa sève,
Après que soit achevé son parcours charnel.
Le deuxième passant était un homme d'affaires,
Qui évaluant du tronc la valeur,
Pensa qu'il fallait en faire,
Des meubles pour collectionneurs.
Ainsi de brillantes armoires,
De génération en génération,
Raconteraient l'histoire,
De cette riche civilisation.
Mais le troisième fut le propriétaire,
Satisfait de voir enfin tombé,
Celui qui faisait de l'ombre sur sa terre.
Il allait de suite sans crainte d'en succomber,
En faire des bûches pour sa cheminée,
N'imaginant pas pour le bois,
D'autre sort que le feu et la fumée.
Il abattait et jamais ne plantait ; exploiter était sa foi.
L'esprit sublime la nature, l'accompagne ou la détruit,
De la culture de chacun, il est le fruit.
L'AILLEURS
Je voulus aller ailleurs Quand je fus arrivé ailleurs Mais enfin c'est où ailleurs ? Sitôt j'y suis arrivé
Y faire un long voyage
Avec dans mes bagages
Mes outils de rimailleur.
On me dit que j'en venais
Et que si j'y retournais
Il serait encore ailleurs.
Partout sauf ici monsieur !
Je me suis mis à rêver.
Si vous tournez les pages
Vous en saurez davantage.
LE CHEVAL ET LE TRACTEUR
Un vieux cheval en retraite
Regardait par dessus sa barrière,
Un tracteur qui montait d'une traite,
Le chemin abrupt d'une carrière.
- Qui te rend si fort et infatigable ?
Dit le vieux cheval au tracteur,
Pour faire des efforts dont je suis incapable.
- Hélas ! Je ne suis qu'un acteur,
Et pas entièrement autonome.
Ce qui m'anime, c'est l'intelligence de l'homme.
Ma vie n'est qu'une apparence,
C'est avec toi toute la différence,
Je n'ai pas d'amour ni de haine,
Et pas plus de plaisir que de peine.
Pourtant je rêve d'avoir un coeur,
Même si j'en éprouve quelques douleurs,
Pour pouvoir aimer, ne serait-ce qu'une fois,
Et de ce fait appartenir pour toujours à la nature
Même en sachant que parfois,
Tous les maux qu'on y endure.
- Si tu n'as pas de vie,
Personne ne peut te la prendre,
Et ce dont tu as envie,
Hé bien je vais te l'apprendre,
C'est un don merveilleux,
Autant qu'un exercice périlleux,
Etre !
Privilège inestimable,
Rêve d'éternité ? Peut-être !
Car exister est indéfinissable.
Mystère que la vie nous apporte,
Pour que la mort nous l'emporte.
Un jour le tracteur resta en panne,
Le cheval fut attelé sur la voiture à grandes bannes.
Trop vieux pour tant d'efforts,
Il en tomba raide mort.
Sans souffrir le tracteur,
Retrouva un autre moteur.
Pour reprendre sans manière,
Aussitôt le très dur chemin de la carrière
La machine nous épargne beaucoup de labeur,
Mais il nous faut en connaître les limites,
La nature a partout mis des régulateurs,
Pour qu'en cela on l'imite.
Textes : © Raymond Godefroy -- Design & mise en ligne : © Nicolas Pewny