LE CHIEN ET LE MIROIR

 


Un jour un chien en maraudage
Reniflant quelque nourriture
Sauta par-dessus le grillage
D'un poulailler entouré de clôture
Mais à l'arrivée de cet animal
En plein milieu de volailles picorant,
Cherchant à mettre tout ce monde à mal,
Battirent des ailes pour fuir en courant.
Il resta seul occupant de l'espace
Avec devant lui un grand miroir
Où un animal de sa propre race
Le menaçait d'un oeil cruel et noir.
Ne soupçonnant pas l'origine du leurre
Et voulant impressionner cet adversaire
Il montra ses crocs, piquant son poil sur l'heure
Prêt à en découdre avec cet émissaire.

 

 

Cependant comme l'autre en fit autant,
Relevant le défi il avança d'un pas
Vers celui qui arrivé à bout portant
Le menaçait maintenant de trépas.
Mais cet animal n'avait point d'odeur,
Chose suspecte et sans intérêt pour un chien,
Ce qui fit de sa colère tomber l'ardeur
Et renoncer à un combat pour rien.
Il recula alors lentement pas à pas
Sans avoir réussi à comprendre
Ce qui avait fait de l'autre un appât,
Qui renonçait maintenant à se défendre.
Notre regard est prisonnier de notre image,
Que l'univers nous renvoie comme un miroir
Qu'il soit fou ou bien qu'il soit sage,
Pour l'avoir créée de notre propre vouloir.

 

LE MARCHAND DE BONHEUR

 


Certains penseront qu'il s'agit de politique
D'autres simplement d'une vieille pratique
Que de promettre et de ne pouvoir tenir
En laissant croire qu'on peut tout obtenir.

Un jour voulant en faire sa carrière
Un homme que n'arrêtait aucune barrière
Promettait ainsi à tous ses électeurs
Que lui seul pouvait faire leur bonheur.

Et qu'il allait faire tout le nécessaire
A leurs maux trouver le bouc émissaire.
Si vous n'êtes pas heureux je vous l'assure
C'est de la faute des autres, cela rassure.

Il allait ainsi résoudre leurs problèmes
Simplement en apposant cet emblème
Appliquant la règle que les intellectuels
Avaient rédigée pour le monde actuel.

Il eut du peuple le plus de suffrages
Qui croyait enfin avoir trouvé un sage
Mais leur bonheur n'en fut pas meilleur
Car peut-être il eut fallu chercher ailleurs.

Mais à force de prêcher l'ingratitude
A son tour le peuple en prit l'habitude
Et le seul bonheur qu'enfin il lui donna
Fut de lui refuser un nouveau mandat.

Le bonheur est fugace et imprévisible
S'affichant ou bien devenant invisible
Germe que chacun de nous porte au coeur
Et qui s'épanouit dans l'amour vainqueur.

Le bonheur vient à celui qui le donne
Et qui aux offenses toujours pardonne
Mais surtout méfiez-vous des faux apôtres
Qui conseillent de le prendre aux autres.

 

LA REVOLTE DES VACHES

 


La gent bovine était très en colère.
Oh ! Ce n'était pas encore la guerre,
Seulement d'injustices elle demandait règlement,
Quœelle exprimait par de puissants beuglements,
D'étables en herbages à travers la campagne,
Et par l'écho des troupeaux des montagnes.
Le slogan que tout le monde beuglait !
Nous en avons assez d'Ítre les vaches ý lait.

Mais sourds à cet immense tapage
Et comme s'ils voulaient tourner la page,
Les hommes feignaient ne pas comprendre.
Alors les bovins voulant les surprendre
Comprirent très vite qu'il était nécessaire
De par le monde d'envoyer des émissaires
Pour organiser un grand rassemblement
Qui ferait sur l'opinion un gros tremblement.

Par une très longue nuit sans lune,
Les bêtes arrivèrent d'abord une à une
Puis par troupeaux entiers meuglants
Taureaux, vaches, boeufs et veaux bêlants,
Par des chemins secrets d'eux seuls connus,
Des grandes migrations s'étant souvenus,
Dans une vaste et mystérieuse clairière,
Entourée de forêts comme une barrière.

Si tous étaient d'accords sur leurs maux,
Sur les remèdes ils n'étaient pas égaux.
Les uns voulaient rompre le vieux pacte,
Avec les hommes qui devaient en prendre acte.
Que leur vie n'était que durs sacrifices
Ou seuls comptaient les bénéfices
Depuis les veaux arrachés à l'amour maternel,
Aux aliments de moins en moins naturels,
Ainsi que les sinistres abattoirs
Retentissant de beuglements de désespoir.

Bref ceux-là réclamaient plus de liberté,
Mais d'autres voix demandaient plus d'humanité.
Qu'être bien au chaud pendant l'hiver,
Avec la nourriture valait bien quelques travers,
Que protégés par les hommes des bêtes sauvages
Les mettait à l'abri de terribles carnages,
Que peut-être plus d'amour et de générosité,
Donnerait au sacrifice de leur vie une finalité,
Et que de toute façon plus de sécurité
Se ferait toujours au détriment de la liberté.

Mais il fallait penser au retour
Qui devait avoir lieu avant la pointe du jour,
Alors ne pouvant arriver à se mettre d'accord,
Ils se séparèrent en un temps record.
Cette très longue nuit garda son Mystère,
Sauf que des traces de pas à travers les terres,
Et du peu de lait que les vaches donnèrent,
Firent que beaucoup de fermiers s'étonnèrent.

 

LE PAYS DES VOLEURS

 


Après l'an deux mille vingt
Dans l'Europe il advint
Que les grands pays étant devenus
Sans intérêt, d'autres étaient parvenus
A regrouper les hommes par affinités,
Cultures langues régionales sans rivalité.
L'un de ces pays était original
Car son nom n'était pas banal
Pour avoir un jour inversé les valeurs
Il s'appelait le pays des voleurs.
Tout avait commencé par un gouvernement
Voulant étendre au monde sa générosité
Taxa les travailleurs avec tant d'acharnement
Dépassant ainsi les limites de l'honnêteté.
Après ce fut le tour des hommes politiques
Qui a même le gâteau mis en appétit
Firent des dessous de table une telle pratique
Qu'elle gagna tout le monde petit à petit.
Alors pour survivre les citoyens
A leur tour usèrent des mêmes méthodes
Afin d'utiliser tous ces moyens
Qui partout étaient devenus à la mode
C'est ainsi qu'est né le pays des voleurs
Ou chacun volait l'autre autant que possible
Car il n'y avait plus d'autre moteur
Que celui-là pour être crédible.
Pas besoin d'acheter de voiture
Il suffisait de voler celle du voisin
Qui à son tour se lançait dans l'aventure
Et tout cela n'avait pas de fin.
Les voleurs du monde entier arrivèrent
Attirés par un pays si accueillant
Et sans vergogne le pillèrent
Sous le regard d'intellectuels bienveillants.
Un jour il n'y eut plus rien à voler
Les travailleurs étant partis sans retour
Les voleurs le quittèrent à leur tour.
Ce serait une erreur pour nous de voir
A travers ce pays encore imaginaire
Des événements qui puissent avoir
Quelque ressemblance a notre ordinaire
Car de même que toute science
Doit être confirmée par l'expérience
Il n'est pour les peuples de pire tyrannie
Que d'intellectuels appliquant leurs théories.

 

 

LE SUPERMARCHE

 


Qe de rêve devant cette abondance
Et de consommation jamais satisfaite
Pourtant je sais garder mon indépendance
Profitant de tout d'une façon parfaite.

Dans tous les rayons mon regard se promène
En imagination et suivant mes désirs
Sans limites ma gourmandise me ramène
A toutes les meilleures choses pour mon plaisir.

Et je ne me prive de rien tout y passe,
Aux apéritifs je bois à même les bouteilles
Porto, whisky, pernod que rien ne surpasse
J'avale la bouche fendue jusqu'aux oreilles.

Crustacés, homards congelés font mon
Pâtés en croûte, charcuteries les plus fines
Pour me mettre en appétit sont les prémices
Joints aux meilleurs blancs secs que le temps affine

Là où mon regard se pose je consomme,
Je dévore à pleines dents entrecôtes à
Gigots, poulets rôtis,, rien ne m'assomme
Jusqu'aux rognons gros comme le poing.

La lumière me rend gourmand et vorace,
Aux fromages je m'attaque sans retard
Tout l'étal disparaît sans laisser de traces
Tous sont délicieux, il n'y a pas de bâtards.

Cependant pour mettre tous ces mets en valeur
Sans attendre je retrouve l'allée des
Et sans être le moins du monde voleur
Les meilleurs choisis toujours sans être devin.

Et pour finir ce repas pantagruélique
Crèmes glacées, tartes, gâteaux secs et fruits
Qui sont là exposés comme des reliques
Attendant l'apothéose pour être détruits.

Mais après cette imaginaire orgie
Je me souviens du but de ma visite,
Et avant de me diriger vers la sortie
D'une bouteille d'eau de Vittel je m'acquitte.

Ensuite je me dirige vers la caisse,
Celle dont la caissière a de très beaux yeux,
Mais qui le sait et jamais ne me laisse
Passer sans un tendre éclair qui vient des cieux.

Elle ne me fait pas payer ce que j'emporte
Comment voir ce qui est dans l'imagination ?
Pour être heureux voilà ce qui importe
Et n'a rien à voir avec la consommation.

 

 

LE POETE ET L'EDITEUR

 

Un poète aussi naïf que talentueux
Muni d'un recueil dont il était l'auteur,
Fit l'expérience des chemins tortueux,
Pour trouver à ses oeuvres un éditeur.

Le premier lui renvoya le manuscrit
Pour l'éditer il devait d'abord être célèbre,
Faute de quoi, même très bien écrit,
Il ne pouvait que rester dans les ténèbres.

Le deuxième lui dit que la violence,
Le sexe se passaient bien de talent,
Tout le reste ne méritait que silence,
Et ne rapportait pas assez d'argent.

Le troisième avait ses fournisseurs attitrés
En même temps que lecteurs des manuscrits
Les nouveaux auteurs par eux étaient filtrés
Pour ne passer qu'après leurs propres écrits.

Le quatrième éditait si peu de livres
Qui pourtant auraient été plébiscités,
Qu'il en faisait à peine pour vivre,
Ne voulant pas faire de publicité.

Le cinquième ne savait pas lire,
Le sixième voulait d'abord de l'argent
Le septième n'éditait que du délire,
Le huitième au contraire fut diligent.

Il savait lire entre toutes les lignes
En devinant les désirs des lecteurs
Et savait interpréter leurs signes
Pour ensuite conseiller les auteurs.

C'est ainsi qu'il s'est fait le devoir
De publier ici cette littérature.
Exerçant à bon escient le pouvoir
Médiatique que reste la lecture.

 

LE CASSEUR DE PIERRES

 

LES ETOILES BRILLENT D'AUTANT PLUS QUE LES YEUX QUI LES REGARDENT LES ADMIRENT

Le vieil homme prit une pierre, la soupesa et réfléchit longuement. Durant toute sa longue existence, il avait au travers de la morphogenèse, essayé de percer le mystère de la vie et le secret de la matière.

Mais chaque fois qu'il avait fait un pas dans la connaissance, chaque fois l'horizon du mystère avait reculé d'autant, en s'élargissant. De sorte que chaque pas nouveau demandait plus d'efforts et de savoir que les précédents.

Pourtant il ne désespérait pas après, PLATON, ARISTOTE, PARACELCE, de découvrir le chiffre, l'équation suprême de l'univers.

Ses mains décharnées exploraient la surface de ce morceau de grès quartzite où brillaient d'imperceptibles cristaux de silicium.

Le secret de l'univers est tout autant dans cette pierre que dans les étoiles les plus lointaines - marmonna-t-il entre ses lèvres - mais mes jours sont comptés, et il me faudrait une éternité pour affronter cet infini !

Et d'un geste las il jeta la pierre qui se brisa en deux. Il allait s'éloigner quand il remarqua qu'à l'endroit de la fracture, les deux morceaux brillaient étrangement.

Il se munit alors d'un marteau pour faire d'autres fragments : et chaque fois, le même phénomène se reproduisait en s'amplifiant. Pris d'une véritable frénésie il se mit à frapper sans relâche sur les morceaux de pierre qui de plus en plus petits devenaient de plus en plus lumineux. Et quand arriva le soir, c'est devant un tas de poussière d'une luminosité resplendissante, qu'épuisé et heureux, il s'endormit en pensant : Demain ! Oui demain j'aurai enfin percé le secret de l'univers !

Mais dans son rêve de l'absolu, il ressentit soudain une fraîcheur qui le réveilla.

Son premier regard fut pour son précieux trésor luminescent.

Hélas chose qu'il n'avait pas prévue, le vent, le vent qui s'était élevé avec violence pendant son sommeil, avait tout emporté sans laisser la moindre trace.

Maudissant un sort aussi cruel au crépuscule de sa vie et voulant mourir, il s'étendit à terre, tourné vers le firmament. Mais son regard désespéré vint à s'illuminer lentement pour devenir radieux...

Le ciel était traversé de part en part par une longue traînée de poussière d'étoiles.