LE LABOUREUR ET SES ENFANTS

 

Pourquoi ne rêver que d'or ?
Plutôt réveiller ce qui dort,
Et que l'amour féconde,
Au sein de la terre profonde.
Un vieux laboureur Normand,

Hérita un jour d'un herbage,
Où Américains et Allemands,
S'étaient battus en vrai carnage.
Voulant effacer les traces de la guerre,
Il eut raison de tous les dangers,
En labourant prudemment cette terre,
Pleine d'obus sans les endommager.
Un jour qu'il labourait plus profond,
Le soc butta avec un bruit sourd.
Il fallut l'aide de ses trois enfants,
Pour lever un engin de fer très lourd.


Il contenait un important trésor,
Que les trois fils se partagèrent,
Et qui sitôt les poches pleines d'or,
Partirent vivre en terre étrangère.
Ils dilapidèrent rapidement leur fortune,
Qu'ils croyaient à jamais inépuisable,
Abandonnant leur père dans la solitude,
Impotent et souffrant ce sort misérable.
Quand ils eurent dépensé tout l'héritage,
Ils furent heureux enfin de retrouver,
Leur vieux père et ses herbages,
Et de se remettre à les labourer.
Ils comprirent enfin le message du père,
Sachant que le travail est de son ressort,
Le paysan qui en plus aime sa terre,
La transforme en un fabuleux trésor.

 

 

   LE TRACTEUR ET L'AUTOMOBILE 

 


U
n gros tracteur à quatre roues motrices,
Fort et puissant comme un lutteur,
souffrait d'une maladie réductrice,
Sa jalousie pour l'auto du cultivateur.
Etre soumis aux plus durs efforts,
Couvert de sueur et de poussière,
Et le soir abandonné sans confort,
Par le fermier d'une façon grossière.
Tel était le sort cruel du tracteur,
Pendant que la belle séductrice,
Sans avoir le moindre détracteur,
Etait choyée par sa conductrice.
Elle l'essuyait dès la moindre tache,
Lui restait sale et sentait mauvais,
Pour toujours soumis à rude tâche,
Par les fermiers le plus qu'ils pouvaient.
Un jour qu'ils étaient partis en promenade,
Il voulut profiter de leur absence,

Pour faire en ville une balade,
Dont il entendait garder le silence

Tout alla bien jusqu'à l'autoroute,
Les chemins lui étant familiers,
Mais à partir de là ce fut la déroute,
Les voitures s'embouteillant par milliers.
En ville ce fut un vrai cauchemar,
Il n'entendit qu'insultes et vociférations,
De pollueur, bouseux et charognard,
Pour avoir bloqué la circulation.
Il repartit bien vite pour sa grange,
En méditant sur cette aventure,
Et comme quelquefois tout s'arrange,
Ne fut plus jaloux de la voiture.
Il en avait découvert les servitudes,
Dans les difficultés de la circulation,
A chacun la tâche de ses aptitudes,
Traîner la charrue fut sa consolation.

 

LES INSECTES ET LES INSECTICIDES

 

Un jour les hommes déclarèrent la guerre
Sans distinction d'espèces ou bien de race
A tous les insectes qui sur la terre
Etaient soi-disant des parasites voraces.
Tuez-les tous, la science est infinie
Après on verra bien si cette arme brutale
Même si certains la qualifient d'infamie
Nous accorde une victoire totale.
Les insectes moururent par milliers,
Seuls quelques-uns en réchappèrent,
Immunisés et refusant d'être humiliés,
En plus grand nombre se multiplièrent.
Les hommes alors dans les laboratoires,
Inventèrent de nouvelles molécules,
Plus toxiques promettant la victoire,
En augmentant sensiblement leur pécule.
Hélas les insectes sont dans la nature,
Comme nous des parasites utiles,
Impossible de séparer d'une façon sûre,
Ce qu'on garde de ce que l'on mutile.
La nature est une grande démocratie
Qui refuse les décisions totalitaires,
Ayant ses lois et ses hiérarchies,
Incontournables mais aussi salutaires.
Il en est de même en politique,
Vouloir détruire ses adversaires,
Les rend souvent plus prolifiques,

 

LES DEUX SOURDS

 


Deux sourds faisaient beaucoup de tapage
En voulant l'un et l'autre s'entendre
Criant à tue-tête dans leur langage
Sans arriver à se faire comprendre.
Car sourds ils l'étaient véritablement,
Ne percevant du bruit qu'une faible onde
Ce qui les condamnait inévitablement
A passer pour sots au reste du monde.
Un jour ils consultèrent un grand spécialiste
Qui dit que rendre l'ouïe était de son recours,
L'un accepta se croyant plus réaliste,
L'autre crut plus sage de rester sourd.
Car il n'entendait qu'à son avantage
Tout le reste butait sur son infirmité,


Il n'avait pas besoin d'en savoir davantage
Pour ses intérêts et protéger son intimité.
Il trouva tout de suite un emploi,
C'était une grande administration
Qui soucieuse du respect de la loi
Le chargea d'écouter les réclamations.
L'autre au contraire perdit le sien ;
Ayant oui un message confidentiel
Qu'il répéta, oubliant qu'entendre est bien
Mais que se taire est aussi essentiel.
Alors faut-il faire que nos infirmités
Volent au secours de nos opportunités ?
Après tout, ce n'est peut-être pas un défaut,
De savoir être sourd quand il faut.

 

LA POULE QUI AVAIT DES DENTS

 


Une vielle poule restée coquette
Se regardait souvent dans un miroir
Rêvant de devenir une vedette
Que tout le monde aurait aimé voir.
Elle avait lu des magazines
De mode et d'actualités
Bien suffisamment j'imagine
Pour perdre le sens de la réalité.
N'y ayant vu que les extravagances
De tout un monde de tentations
Qui ne pensait qu'aux vacances
Et à des histoires de perversion
Elle s'entraînait donc à sourire.
Mais devant sa bouche édentée
chacun ne pensait qu'à fuir
Sans que l'âme soit tentée.
Bien que ce fut contre nature
Elle rêva donc d'avoir des dents
Et dans sa tête je vous l'assure
Devint très vite un désir ardent.


Elle alla trouver un homme de l'art
Qui lui dit que c'était très difficile
Mais que lui verser des arrhes
Rendrait la chose plus facile.
Car il fallait trouver dans la nature
Etant donné du bec la petitesse
les dents d'un animal dont la pointure
S'adapteraient sur elle avec justesse.
Celles d'un piranha firent l'affaire,
Poisson à la mâchoire qui dévore
Mais qu'elle ne pourrait jamais défaire,
Condamnée à devenir un carnivore.
Si elle était devenue une beauté
Très attirante avec ses artifices
Tous en craignaient la férocité
Pouvant tourner au sacrifice.
Alors elle qui rêvait d'être adulée
Se retrouva complètement isolée,
Car s'il est tout naturel de plaire
C' est avec son coeur qu'il faut le faire.

 

LA POULE ET LE COQ

 


Grattant la terre avec vigueur
Un vieux coq et une poule
Caquetaient mutuellement de bonheur
De trouver nourriture à leur saoul.
- Cocorico ! Cocorico ! Cocorico !
Regarde comme c'est beau,
Cria triomphalement le coq.
- Je ne vois rien, répondit la poule
En clignant ses yeux de myope
- Mais là-bas où la rivière coule
Regarde le manoir à colombages
Qui se trouve au milieu de l'herbage.
- Ah ! Comment cela peut-il pousser ?
- Comme un arbre, il suffit d'une graine.
- Cherchons nous allons peut-être en trouver !
- Ne nous donnons pas cette peine


Car c'est peut-être un oeuf qui se couve
Longtemps très longtemps dit le coq
- J'ai déjà les miens à couver, si tu trouves
Que cela te convient, je fais le troc ;
- Ah ! Répliqua le coq à son tour,
En apercevant la girouette sur la tour
- C'est très dangereux, il faut que je l'évite
Car le manoir a poussé tellement vite
Sous le ventre du coq qui lœa couvé
Qu'il y est encore resté empalé.
Qu'en est-il de notre regard sur le monde ?
Où partout notre esprit vagabonde
Pour n'y voir que le reflet de notre conscience
Faite autant d'imagination que de science.
La poule et le coq n'y ont trouvé,
Que des graines et des oeufs à couver.

 

CHEZ NOUS EN ETE

 


Chez nous en été
Les cigales répètent
Un concert de charité
Pour fourmis en retraite.

Chez nous en été
Les souris servent
A tous leurs invités
Du chat en conserve.

Chez nous en été
Les fleurs bavardent


Se font une beauté
Pour qu'on les regarde.

Chez nous en été
Les poupées sont sages
Comme de si rien n'était
Et font le ménage.

Chez nous en été
Le soleil et la lune
Trinquent à la santé
De tous et chacune.