LES PEUPLIERS ET LE SAULE PLEUREUR
Comme des soldats alignés
Regardent le saule pleureur
Laissant couler sa douleur
Par ses branches s'étirant
Mollement sur le courant.
Que de voir le soleil
Et par toutes nos branches
Comme la soif s'étanche
Jusqu'à la dernière tige
S'en saoulent au vertige.
Que cherches-tu dans la rivière
En tournant le dos à la lumière?
Je crois que vous faites erreur,
Car je profite dans l'eau
D'un reflet encore plus beau,
Qu'en plus je m'y mire
Et qu'à loisir j'admire
La nature s'y reflétant
Autour du soleil miroitant.
Que chacun est satisfait,
Les uns d'une manière,
Les autres du contraire.
LA REPUBLIQUE DES GRENOUILLES
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Le
peuple des grenouilles,
Etant devenu une république, Se plaignait de l'air gribouille, De toute sa classe politique. Une fois nantis du pouvoir, Ils devenaient sans le vouloir, Profiteurs par tous les moyens. Chaque citoyen s'en plaignait, A tout celui qui voulait l'entendre, Mais sans cesse s'employait, A ne rien changer pour attendre. Fatigués de tout ce système, Qui vivait à leurs dépens, Et à chaque fois plus déments, |
Ils s'adressèrent alors au ciel,
Qui leur paraissait si pur, Afin d'obtenir quelques conseils, Même si le jugement était dur. Le ciel s'émut peu de la chose, Mais conseilla de prendre pour miroir, L'eau qui les abritait et pour cause, Que chacun s'y regarde pour savoir. C' est ainsi que le peuple des grenouilles, Découvrit avec surprise que ses élus, Qu'il croyait être des fripouilles, Lui ressemblaient sans qu'il l'eut voulu. De toute façon les hommes politiques, Feront de même avec plus d'efficacité. |
LES BORGNES
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Il
était borgne, Ils étaient borgnes,
Ils étaient tous borgnes. Borgnes de naissance, Ou bien accidentés, Borgnes sans souffrance, Inconscients de leur infirmité. Borgnes sans le savoir, Mais tenant pour totalité leur demi-façon de voir. Borgnes mais pas cyclopes, C' est bien là tout l'embarras, Ne pouvant voir chaque époque, Opposés dans leurs actions, |
De gauche à droite la direction N'est point là on nous l'assure, Mais pourquoi la droite a des bretelles Et que la gauche porte une ceinture ? Etant borgne moi-même Et n'ayant pas toute la lumière, Ce qui évidemment m'amène A ne pas conclure en la matière. Pour n'être point paradoxale, Alors je vous en laisse le devoir, D'en retirer une morale Selon votre demi-façon de voir. |
LE CHOU ET LE COLIMAÇON
| Un
très vieux colimaçon borgne
Pour avoir perdu une corne En bataillant contre les limaces, Bavait tout en faisant des grimaces. Il racontait à tout le monde, Que la terre était toute ronde, Qu'il avait pu seul en faire le tour, En se hâtant en moins de quatre jours. Qu'il avait franchi d'un seul élan, Autour d'un très gros chou de milan, Assurément tant d'immenses espaces, A n'en pouvoir mesurer la surface. Tout en ayant comme une machine, Porté sa maison sur son échine. |
Mais après ce magnifique record,
Il fut pris d'un grand remords. Il voulut enfin vivre tranquille En s'enfermant dans sa coquille, Et prendre ainsi sa retraite, Au coeur du chou, cache parfaite.
Mais en voulant
faire de la soupe, |
L'ARTICHAUT, LE POIREAU ET LE BOUC
| Un
artichaut bien mûr
Prétendait qu'il était sûr Que seul portant au coeur Cette barbe avec honneur Lui assurait sur les autres La supériorité d'un apôtre. Le poireau qui
la portait Chacun veut oublier
sa ressemblance
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LES CHIENS, LE TAUREAU ET LE CAMBRIOLEUR
| N'ayant
pour tous biens
Qu'un taureau et deux chiens, Un vieux paysan retraité De sa maison s'était absenté. Il avait laissé la garde, De celle-ci par mégarde, Au petit chien aveugle et gourd Et au gros qui était sourd. Passa par là quelque rôdeur |
En aboyant ainsi avec rage
Ils firent un tel tapage Que le taureau à son tour, Beuglant comme un sourd Et grondant comme un tonnerre A en faire trembler la terre, Fit fuir le dangereux malfaiteur A qui ce bruit avait fait peur. Si nous sommes tous handicapés |
LES DEUX PIGEONS
De
cette belle dont la naissance
D'une couvée né le premier
Usant de son droit d'aînesse
Partit sans laisser d'adresse.
Pressé d'étrenner ses ailes,
Et que surtout grâce à elle
En survolant la campagne,
D'y rencontrer une compagne.
Emerveillé de sa vision du monde
D'en haut qu'il découvrait à la ronde,
Comme une immense propriété
Dont il pouvait user à satiété.
Sauf que la soirée venant
Il pensa qu'il était plus avenant
Pour pouvoir la nuit se reposer
De chercher un toit où se poser.
Il atterrit donc sur le faîtage
D'une belle maison à deux étages,
Et tout près d'un jeune confrère
Lui ressemblant comme un frère.
Bien que lui étant inconnue
Lui paraissait si bien venue.
Alors pour attirer son attention
Il lui roucoula son admiration.
Mais l'autre resta impassible
Devant cet amour impossible.
Il découvrit donc tout de suite
Que la belle était en terre cuite
Et que ce bel épi de faîtage
N'avait point de vie pour partage.
La vie naît d'une longue mémoire
Dont nous ne connaissons l'histoire,
Sauf que toujours l'amour la précède
Mais que c' est aussi d'elle qu'il procède
Il pensa alors qu'il était plus sage
De retourner vivre dans son village
Et qu'avec l'amour de tous les siens
Il posséderait là les plus grands biens.
Textes : © Raymond Godefroy -- Design & mise en ligne : © Nicolas Pewny