LE DISCOURS DU LAURÉAT
Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers membres de lAcadémie,
Javoue que lorsque jai appris
que mon livre « Loto meurtrier » avait reçu le prix
Edmond Locard de littérature policière française
pour lannée 1999, jai été à
la fois étonné, surpris, abasourdi et comblé.
Etonné car je ne connaissais pas
Edmond Locard, ni des lèvres ni des dents, alors quil a
développé, entre autres joyeuseutés, les méthodes
de Bertillon dans le domaine des sécrétions salivaires
et de la dentition. Je ne connaissais pas non plus votre Académie
du Merle blanc; le fait que vous ayez récompensé un livre
édité par le Choucas Noir me semblait de bon augure. En
effet, on ne doit pas discuter des goûts et des couleurs. Blanc
cest blanc, noir cest noir, mais les bleus ont été
plus fort que les tout noirs (All Black pour les intimes).
Grâce à mes éditeurs
et néanmoins amis,Suzanne et Nicolas, jappris que Edmond
Locard était un des fondateurs de la criminalistique et quil
avait contribué au développement dInterpol ; comme
mon livre naurait pas existé sans Internet, je me suis
dit quil y avait des interactions intercalaires interdépendantes
et internationales ; mais je minterdis de développer un
interlude intermédiaire qui pourrait sembler interminable à
des gens aussi interactifs que les membres de cette docte assemblée.
Jai aussi noté avec intérêt
quEdmond Locard était un ami de Conan Doyle. Par moi-même
et par hasard, jai découvert quEdmond Locard avait
publié un article de criminologie sur le cas dun certain
Judas Iscariote ; javoue que jaimerais mettre la main sur
cet article.
Conan Doyle est un de mes auteurs favoris,
et il est vrai que les auteurs anglo-saxons ont marqué mon évolution
: je noublie pas néanmoins ce que je dois aux auteurs français
que jai dévoré dans ma jeunesse ; je cite en vrac
et dans le désordre (dans lordre ça doit rapporter
plus) : Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Boileau et Narcejac, Frédéric
Dard, Léo Malet, Georges Simenon et Stanislas André Steeman
qui ont ajouté une couleur belge à notre littérature
policière, Albert Simonin, Emile Gaboriau, Charles Exbrayat,
jen passe et des plus récents. Pour les anglo-saxons, il
est évident que jai une préférence pour Edgar
Poe, (la « lettre volée » étant un monument
en sol majeur), mais de James Hadley Chase à Ellery Queen, en
passant par William Irish et Graham Greene, PD James, Elisabeth George
et surtout Agatha Christie que dans une période critique jappelais
Agaga Sacristie, je ne sais quels sont les auteurs qui mont le
plus marqué. Je ne dois pas oublier John le Carré qui
prête son nom inversé à mon commissaire Jean Le
Scouarech.
Revenons à nos moutons (il ny
a pas de moutons mais cest pour faire la liaison).
Je disais que javais été
étonné et surpris.
Oui, je fus fort surpris de recevoir un
prix : javoue que jai gagné un jour un prix en Angleterre
avec ma tendre épouse, nous avons gagné deux faisanes
lors dune compétition de bridge ; à lépoque
les faisanes et les vaches nétaient pas folles. Mais un
prix de littérature policière française, décerné
par lAcadémie du merle blanc, cela na rien de faisandé.
Mais je fus aussi abasourdi, cest
à dire au sens étymologique du terme, étonné
par quelque chose de surprenant : par quel miracle un premier roman
policier peu connu, dun illustre inconnu, qui gagnerait à
être plus connu, pouvait-il avoir attiré lattention
dune aussi noble Académie que la vôtre ? Je pense
quun certain Nicolas a mis la main à la pâte ou plutôt
au métier à tisser les amitiés... à Lyon
cela fait longtemps quon a appris à tisser.
Enfin, je dois dire que je suis comblé
: maintenant je puis dire que je suis un lauréat, et quune
couronne de laurier est très légère à porter
: quelle me soit décernée dans la ville qui sappela
longtemps Lugdunum et fut la capitale de la Gaule me ravit.
Je finirais par un mot et une histoire
brève :
le mot cest Merci avec un grand M. Lhistoire
brève, cest pour terminer sur une un aspect peu connu de
Sherlock Holmes et du docteur Watson : saviez vous quil leur est
arrivé de faire du camping ?
Ors donc
Après un bon repas et une bouteille de vin, Sherlock Holmes et
Watson gagnent leur sac de couchage pour la nuit et s'endorment.
Quelques heures plus tard, Holmes se réveille et aussitôt
secoue son compagnon :
- Watson, look at the sky and tell me what you see :
étant donné que certains dentre vous ne sont pas
familier avec la langue de Shakespeare, je vais traduire :
- Watson, regardez le ciel et dites moi ce que vous voyez.
- Je vois des millions et des millions d'étoiles.
- Qu'est-ce que cela vous évoque ?
- Astronomiquement, répond Watson, cela me dit qu'il y a des
millions de galaxies et potentiellement des milliards de planètes.
Astrologiquement, j'observe que Saturne est en Lion.
Horairement, j'en déduis qu'il est environ 3 h 15.
Théologiquement, je vois que Dieu est tout-puissant et que nous
sommes petits et insignifiants.
Météorologiquement, je pense que nous aurons une belle
journée demain.
Et vous, Holmes ?
Sherlock Holmes resta silencieux quelques instants puis déclara
:
- Watson, vous êtes une vraie andouille. Des abrutis nous ont
fauché la tente.