PRIX EDMOND LOCARD DU LIVRE POLICIER FRANÇAIS 1999
décerné à François QUENTIN pour son livre « LOTO MEURTRIER »

Le discours de Pierre Dardun, Commissaire de l’Académie du Merle Blanc, sous les yeux attentifs, amusés ou perplexes du président André Mure, de Gérard Presle, du lauréat et de Nicolas Pewny, et de Mme Stagnara - Locard, fille du docteur Edmond Locard.
Le discours de remerciement du Lauréat, sous le regard de son éditeur, qui veut avoir la primeur...Cliquez ICI pour lire ce texte éminamment drôlatique...
Le président des Vignerons du Beaujolais,
Gérard Presle, annonce au lauréat le nombre de bouteilles que le prix représente et expose le rôle du beaujolais comme catalyseur de l’écriture.

LE DISCOURS DU LAURÉAT

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Chers membres de l’Académie,

J’avoue que lorsque j’ai appris que mon livre « Loto meurtrier » avait reçu le prix Edmond Locard de littérature policière française pour l’année 1999, j’ai été à la fois étonné, surpris, abasourdi et comblé.
Etonné car je ne connaissais pas Edmond Locard, ni des lèvres ni des dents, alors qu’il a développé, entre autres joyeuseutés, les méthodes de Bertillon dans le domaine des sécrétions salivaires et de la dentition. Je ne connaissais pas non plus votre Académie du Merle blanc; le fait que vous ayez récompensé un livre édité par le Choucas Noir me semblait de bon augure. En effet, on ne doit pas discuter des goûts et des couleurs. Blanc c’est blanc, noir c’est noir, mais les bleus ont été plus fort que les tout noirs (All Black pour les intimes).
Grâce à mes éditeurs et néanmoins amis,Suzanne et Nicolas, j’appris que Edmond Locard était un des fondateurs de la criminalistique et qu’il avait contribué au développement d’Interpol ; comme mon livre n’aurait pas existé sans Internet, je me suis dit qu’il y avait des interactions intercalaires interdépendantes et internationales ; mais je m’interdis de développer un interlude intermédiaire qui pourrait sembler interminable à des gens aussi interactifs que les membres de cette docte assemblée.
J’ai aussi noté avec intérêt qu’Edmond Locard était un ami de Conan Doyle. Par moi-même et par hasard, j’ai découvert qu’Edmond Locard avait publié un article de criminologie sur le cas d’un certain Judas Iscariote ; j’avoue que j’aimerais mettre la main sur cet article.
Conan Doyle est un de mes auteurs favoris, et il est vrai que les auteurs anglo-saxons ont marqué mon évolution : je n’oublie pas néanmoins ce que je dois aux auteurs français que j’ai dévoré dans ma jeunesse ; je cite en vrac et dans le désordre (dans l’ordre ça doit rapporter plus) : Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Boileau et Narcejac, Frédéric Dard, Léo Malet, Georges Simenon et Stanislas André Steeman qui ont ajouté une couleur belge à notre littérature policière, Albert Simonin, Emile Gaboriau, Charles Exbrayat, j’en passe et des plus récents. Pour les anglo-saxons, il est évident que j’ai une préférence pour Edgar Poe, (la « lettre volée » étant un monument en sol majeur), mais de James Hadley Chase à Ellery Queen, en passant par William Irish et Graham Greene, PD James, Elisabeth George et surtout Agatha Christie que dans une période critique j’appelais Agaga Sacristie, je ne sais quels sont les auteurs qui m’ont le plus marqué. Je ne dois pas oublier John le Carré qui prête son nom inversé à mon commissaire Jean Le Scouarec’h.
Revenons à nos moutons (il n’y a pas de moutons mais c’est pour faire la liaison).
Je disais que j’avais été étonné et surpris.
Oui, je fus fort surpris de recevoir un prix : j’avoue que j’ai gagné un jour un prix en Angleterre avec ma tendre épouse, nous avons gagné deux faisanes lors d’une compétition de bridge ; à l’époque les faisanes et les vaches n’étaient pas folles. Mais un prix de littérature policière française, décerné par l’Académie du merle blanc, cela n’a rien de faisandé.
Mais je fus aussi abasourdi, c’est à dire au sens étymologique du terme, étonné par quelque chose de surprenant : par quel miracle un premier roman policier peu connu, d’un illustre inconnu, qui gagnerait à être plus connu, pouvait-il avoir attiré l’attention d’une aussi noble Académie que la vôtre ? Je pense qu’un certain Nicolas a mis la main à la pâte ou plutôt au métier à tisser les amitiés... à Lyon cela fait longtemps qu’on a appris à tisser.
Enfin, je dois dire que je suis comblé : maintenant je puis dire que je suis un lauréat, et qu’une couronne de laurier est très légère à porter : qu’elle me soit décernée dans la ville qui s’appela longtemps Lugdunum et fut la capitale de la Gaule me ravit.
Je finirais par un mot et une histoire brève :
le mot c’est Merci avec un grand M. L’histoire brève, c’est pour terminer sur une un aspect peu connu de Sherlock Holmes et du docteur Watson : saviez vous qu’il leur est arrivé de faire du camping ?

Ors donc

Après un bon repas et une bouteille de vin, Sherlock Holmes et Watson gagnent leur sac de couchage pour la nuit et s'endorment.
Quelques heures plus tard, Holmes se réveille et aussitôt secoue son compagnon :
- Watson, look at the sky and tell me what you see :
étant donné que certains d’entre vous ne sont pas familier avec la langue de Shakespeare, je vais traduire :
- Watson, regardez le ciel et dites moi ce que vous voyez.
- Je vois des millions et des millions d'étoiles.
- Qu'est-ce que cela vous évoque ?
- Astronomiquement, répond Watson, cela me dit qu'il y a des millions de galaxies et potentiellement des milliards de planètes.
Astrologiquement, j'observe que Saturne est en Lion.
Horairement, j'en déduis qu'il est environ 3 h 15.
Théologiquement, je vois que Dieu est tout-puissant et que nous sommes petits et insignifiants.
Météorologiquement, je pense que nous aurons une belle journée demain.
Et vous, Holmes ?
Sherlock Holmes resta silencieux quelques instants puis déclara :
- Watson, vous êtes une vraie andouille. Des abrutis nous ont fauché la tente.